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L'outil "Fil Rouge" en placement familial.

Plusieurs placements familiaux de Belgique francophone ont travaillé ensemble pour produire ces cinq outils au service de l'histoire et des liens des jeunes confiés"
Avant de présenter ces cinq outils, je propose de mettre en valeur ce qui a rendu possible leur fabrication : un important travail en réseau avec des journées de tables rondes, dont ce texte,les tables rondes de l'accueil familial rend bien compte.
Tout ce travail montre l'effort de dialogue pour associer des acteurs qui souvent s'évitent.
En France ceux qui font tout pour éviter les placements travaillent peu, ou pas, avec ceux qui assurent ces placements ensuite.
De même il est rare que les éducateurs d'une MECS ou d'un placement familial invitent pour une synthèse les travailleurs sociaux intervenus en AEMO ou AED précédemment.
Cette fréquente absence de collaboration entre travailleurs sociaux qui œuvrent à la prévention des placements et ceux qui interviennent ensuite, quand les mesures de protection sont décidées, est dommageable.
Elle contribue à des ruptures dans les parcours de vie des jeunes protégés mais aussi à des ruptures dans le soutien de la parentalité.
L'approche systémique a permis aux travailleurs sociaux qui ont créé les outils présentés ici de percevoir le besoin des jeunes et de leurs parents d'avoir un réseau de soutien.
Prendre au sérieux ce besoin va pousser les intervenants à eux-même se mettre en réseau, ne plus se centrer sur leur service ou établissement.
Ces outils permettent de rendre lisible ce travail : comment on accompagne l'enfant, ses parents, quelles sont les analyses du service, en lien avec quels partenaires.


Le premier outil, la ligne de vie, peut servir de base à la fabrication d'un livre de vie. Il valorise l'importance de l'histoire de l'enfant, les lieux, les liens, les souvenirs. Il permet de compter combien de fois un enfant a déménagé, de rechercher si les séparations se sont transformées en ruptures et si c'est réparable.
Comme le deuxième outil, le génogramme, il invite à travailler avec les parents, qui sont les mieux placés pour transmettre l'histoire et dont c'est aussi une responsabilité. Le troisième outil, le répertoire permet de voir si l'enfant a des amis, peut compter sur des adultes.
L'anamnèse est un travail pluri-professionnel visant les domaines du cognitif, de la santé, de l'affectif, en cherchant systématiquement les points forts de l'enfant et les ressources de son environnement.
Cependant l’utilisation des outils présentés ici n’a rien d’évident : qui est légitime pour faire ce travail qui suppose d’entrer dans l’intimité des familles ?
En Belgique, ceux qui utilisent le fil rouge disent l'importance de prendre le temps, de d'abord construire une relation de confiance, d'apprivoiser des parents persuadés qu'il s'agit de leur retirer leur enfant.
Les révélations peuvent aussi être traumatiques.

Des précautions éthiques
Dans leur recherche avec des professionnels accompagnant des jeunes mineurs isolés (MIE en France, MENA = mineur étranger non accompagné, en Belgique), Ados en exil Pascale JAMOULLE et Jacinthe MAZZOCCHETTI présentent le dilemme éthique entre « la parole qui libère et le silence qui protège » :




NB : chacune des cinq tensions contradictoires est au coeur du métier des travailleurs sociaux.
Extrait : « Les constats que nous avons faits, en parlant de la thématique de la mémoire trouée, relèvent de l’idée que la parole libère et permet à l’adolescent d’avancer sur son chemin vers l’âge adulte ou, à l’inverse, que le silence enferme et empêche d’avancer.
Il s’agit par exemple de ce jeune adolescent dont les comportements violents ont disparu à partir du moment où sa mère lui a fait part du contexte très violent dans lequel ils ont dû quitter leur pays d’origine (chose dont elle voulait le protéger) ou de cet autre jeune qui se voyait dans l’impossibilité de questionner sa mère sur son histoire, car dès qu’il évoquait son pays d’origine, sa mère s’effondrait.
Mais la majorité des participants vont dans le sens de la compréhension ou de la justification du silence qui protège. »
Les révélations peuvent donc être traumatiques et replonger très brutalement dans la souffrance.
Aussi la question de la supervision se pose, ainsi que la nécessité d’une relation de confiance.
Ces outils n’ont pas le même usage selon qu’ils servent à l’information des professionnels ou si les personnes accompagnées se les approprient.
Une différence doit aussi être faite entre ces cinq outils. Le 1°, le fil de vie me semble indispensable. Il permet une décentration pour les professionnels : ils sont là provisoirement et la vie de l’enfant accompagné n’a pas débuté à l’arrivée dans le service ou l’institution. Le 2° permet de repérer les besoins de médiation et les personnes ressources. Le 3° permet de repérer l'isolement, la pauvreté du réseau de l'enfant mais aussi les liens à valoriser.
Les 4° et 5° outils sont institutionnels et inter-institutionnels et dépendent donc d'une volonté institutionnelle et de moyens.
En Belgique les budgets de la formation permanente sont beaucoup plus importants qu'en France et ont permis concrètement, matériellement tout ce travail inter-institutionnel.
Cela ouvre la question des moyens concrets, des dispositifs, au service d'une collaboration inter-institutionnelle.

Date de cet article : 2016-02-27


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