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La maison Simba, un modèle de protection de l'enfance et de soutien de la parentalité.

Rencontre à la maison SIMBA en Flandre (groupe SOS Villages d’enfants) Avec Ann de Winter, psychologue et directrice. Juin 2017
Une maison sympa, un projet de SOS village d’enfant, unique en Flandres.
Ici nous existons depuis 6 ans, d’abord dans une autre maison, puis ici depuis 2 ans, plus au centre avec un très beau jardin Nous accompagnons 8 enfants de 0 à 12 ans, uniquement des fratries ; donc c’est possible d’accueillir un jeune de plus de 12 ans pour maintenir les fratries.
Trois familles accueillies : une avec 2 frères de 4 et 5 ans, une avec un garçon de 5 ans et sa sœur de 6 ans ; et une famille avec 4 enfants, 3 garçons et une sœur de 14 ans. Une famille est accompagnée depuis plus d’un an une autre depuis 7 mois
Le trajet c’est un an, un an et demi ; le but c’est le retour à la maison aussi vite que possible.
La famille est la place où les enfants doivent grandir ; on est là le temps d’une crise. Les enfants doivent être retirés mais le but est un retour rapide D’abord, nous proposons dans la crise une période de répit, de calme pour les enfants. Ensuite un travail intense avec les parents, les enfants et les personnes significatives ; ce peut être une grand-mère, un voisin
Un travail très intensif

On travaille avec les parents plus d’une fois par semaine, ça peut être trois fois selon les besoins, on est flexibles, on s’adapte aux besoins Une personne travaille 38h par semaine avec les parents, elle est « context worker ».
Une approche systémique avec un travail avec toutes les personnes du contexte de l’enfant ; toutes les personnes qui sont importantes pour lui et les relations entre elles Installer une base de travail. S’il n’y a pas de prise en compte du contexte c’est difficile de le faire bouger.
On ne voit que ce qui ne marche plus ; là on peut faire bouger les choses, par exemple la grand-mère qui vient tous les samedis. Un espace de travail. Pas seulement les parents. Les problèmes de la famille sont tels que les parents sont submergés ; on a besoin de beaucoup de personnes pour y répondre.
On peut installer un network et toutes les personnes du réseau peuvent aider ; les parents ne sont plus seuls ; c’est bien aussi pour les enfants, il y a des personnes ressource. Important de voir tout ça et pas seulement les parents.
S’il y a seulement le père ou la mère ça ne marche pas. Les parents sont associés à tout, on les consulte on communique tout le temps, c’est pour cela que 38h par semaine ce n’est pas beaucoup.
On doit toujours associer les parents : ils restent les parents, et connaissent les enfants mieux que nous. Les choses pratiques, les vêtements l’école, c’est important de ne pas les remplacer.
Le but c’est le retour. Sinon il y a un conflit de loyauté et on ne peut plus travailler. Ici une place de sécurité ; les enfants peuvent parler, dire leur émotions, agir, pas de problème, une maison sécure, mais nous ne sommes pas les parents
On doit toujours défendre leur présence. Les enfants ne dorment pas ici, c’est un lieu d’activité, de visites. Ils ne restent ici que les premières semaines, le temps qu’un retour à la maison se fasse dans de bonnes conditions. Parfois c’est quelques heures.
Les parents
On sélectionne les familles. Il y a une liste faite par un comité social, parfois par la justice. Je rencontre les parents et je fais une sélection. Si je pense qu’un retour ne sera pas possible nous n’accueillons pas. Ça ne serait pas honnête
Auparavant les parents pouvaient venir nous voir directement, maintenant ça passe par des services.
Les parents qu’on accueille actuellement ont plus de problèmes : problèmes de drogue, d’alcool, d’argent, et on arrive tard car les problèmes sont énormes. Depuis deux ans le travail s’allonge, les problèmes sont plus nombreux, il y a d’autres institutions qui ont été en échec avant notre intervention et les parents sont plus méfiants.
Si la famille peut rester à la maison plus longtemps ça coûte moins cher. Donc le gouvernement cherche à investir dans l’accompagnement à domicile. On attend la crise et là il faut vite retirer les enfants, les placer et après ça ne marche pas.
On arrive trop tard. Pour deux familles on ne peut pas arrêter et il faudra une orientation en famille d’accueil. On est venus trop tard les parents n’ont pas confiance et il est difficile de les faire expérimenter la confiance.
Beaucoup de problèmes de précarité, d’alcool, de toxicomanie, de violences sur les enfants et entre conjoints, beaucoup de troubles psychiques ; c’est le plus difficile à travailler.
C’est difficile que le parent comprenne : j’ai un problème, je dois le travailler ; Quand le parent en arrive là, ça marche. Tant que c’est le problème vient des autres et pas de moi, on n’avance pas.
Ici les enfants retrouvent une tranquillité, l’expérience d’une place reconnue, de ce qu’ils sont comme enfants. Ils peuvent parler. La famille de quatre enfants, ils sont là depuis octobre 2015.
Les trois garçons ont tout cassé ici, les portes, l’ordinateur, la télévision, la PlayStation, la cuisine, ils ont attaqués les autres enfants. Parfois on a dit, c’est fini, il n’y a pas de sécurité pour les autres enfants. Mais un an après, ils ont changé d’une façon incroyable, maintenant quand ça ne va pas ils parlent.
Ça a duré 9 mois et un jour l’ainé a dit : « ça ne marche pas à la maison, mon père ça va pas, il crie tout le temps, mon petit frère a peur » ; et après ça on a vu un changement extraordinaire. Depuis il nous dit combien de fois et combien de temps il veut aller à la maison ; il a son téléphone et nous appelle, on peut parler à son père. Il y a de nouveau une sécurité. Ici ils ont eu une autre expérience. Ça a changé leur vie : il y a des lieux où ça se passe autrement et où je peux être aidé.
Voir plus loin que le comportement. Ils s’expriment ainsi pour dire quelque chose.
Important qu’ils restent des enfants, comme tous les autres, qui peuvent jouer, faire du sport, aller à l’école. On ne les change pas d’école. Tous les enfants posent la question : et mon école, ça reste ? On les conduit dans leur école, où il y a des amis, des éducateurs importants. Les activités on les garde aussi. C’est important pour la confiance. S’il n’y a pas d’activités, on en propose. Une intervenante propose des arts, il y a des activités sportives…
Chercher les talents. C’est important pour tous les enfants. En quoi es-tu bon ? Cela toujours en lien avec les parents
On observe les enfants, qu’est-ce qui les intéresse, à quoi ils jouent, qu’est-ce qu’ils aiment. Les aider à grandir, se développer.
On aide parents et enfants à jouer, ici et à la maison. On regarde : avez-vous des choses pour jouer. On prête des jeux. C’est très intéressant car quand on débute ici, la première rencontre, ils n’apprécient pas que les enfants doivent venir aussi. Mais quand on leur demande : pouvez-vous nous dire ce que enfant aime, sait faire : il y a une lumière : ah oui mon enfant aime ça, et ça, ça vient de moi. C’est important, il y a un lien, on va s’appuyer dessus. Quand on fait des visites on reprend ; vous avez dit que votre enfant est bon à ça, et vous aussi. On travaille alors sur les ressources.
On a déjà vu qu’il n’y a rien. Quand les parents ne peuvent rien dire, ce n’est pas pour nous.
L’équipe : il y a six éducatrices, je suis psychologue Il y a quelqu’un pour la nuit. On peut dire, que 6 éducatrices c’est beaucoup mais pour le croisement des regards c’est bien. Pour les petits c’est beaucoup. Les éducateurs peuvent aller dans la famille à l’occasion d’une visite, d’un accompagnement, mais le travail avec les parents c’est le context worker
Q : y a-t-il des écrits ?
R : oui beaucoup, on se rencontre avec le et on fait le point sur les objectifs, on en parle avec les parents, les enfants. Qu’est-ce que vous voulez. C’est très simple, un enfant peut dire : moi je veux que papa ne crie plus », ou « moi je veux aller au football ». Les enfants savent très bien
Dans la fratrie de quatre, la fille dit : « moi je veux de nouveau voir maman, elle me manque ». Le père : « c’est pas possible, elle n’a pas dit ça ! ». Si, et c’est important.
Apprendre aux parents une façon de parler avec les enfants.
Nous travaillons dans un rayon de 50 km. On a quatre écoles, c’est beaucoup de transport, mais c’est trop important On va ensemble à l’école avec les parents.
Q : quel est le travail d’évaluation ?
Pendant deux semaines une exploration : le génogramme, l’histoire ; un temps pour les parents pour dire ce qu’ils veulent travailler. Parfois c’est très pratique, par exemple des aides sociales, des démarches administratives. Nous sommes les coordinateurs. S’il y a besoin d’un logement on contacte le service, le service des impayés par exemple. Et à côté de ça on parle du système familial, de la communication, comment on se parle…
S’il y a des problèmes financiers, de drogue, de précarité… il faut travailler toutes ces dimensions et chercher les partenaires ; ensuite on en reparle : comment ça va pour le logement… Si on ne fait rien les parents ne savent pas quoi faire et on n’arrive plus à travailler
Très important aussi le travail sur la relation parent-enfant, la façon d’entrer en contact, le type d’attachement. On parle de ça. S’il y a des choses qui se sont passées quand les enfants étaient très jeunes il y a des conséquences maintenant et nous travaillons à le clarifier avec les parents : qu’est-ce que ça veut dire ? C’est comme ça que vous prenez contact avec votre enfant et lui il vous dit : je n’aime pas. Inversement quand l’enfant fait quelque chose que je n’aime pas, comment je fais, sans le frapper, sans lui faire peur.
Comment avoir un contact sécurisant. Ça prend beaucoup de temps. Mais tant que l’enfant n’a pas de sécurité il ne rentre pas. On le dit aux parents, votre enfant n’a pas assez de sécurité à la maison, qu’est-ce qu’on fait ? On leur dit c’est la loi. S’il n’y a pas assez de de sécurité la loi dit qu’on peut retirer l’enfant.
Quand les enfants rentrent. Les deux derniers mois l’enfant ne vient plus ici et le soutien est uniquement à la maison, et ensuite un service de suite va venir quelques semaines encore.
Q : beaucoup de parents séparés ?
R : Oui, on travaille avec les deux ; selon qu’il y a des contacts entre eux ou pas c’est différent. Par exemple pour un couple on a trouvé une solution simple : la grand-mère sert pour le relais. Parfois on travaille avec les deux parents ensemble.
Q : ceux qui sont proches des enfants et ceux qui sont proches des parents ne voient pas la même chose….
R : avec l’équipe on a une réunion d’équipe une fois par semaine. Et c’est vrai, on a six éducatrices et une seule intervenante de contexte. Il faut qu’elle soit forte ! Quand on entend ici ce que racontent les enfants, c’est dur : mon père fait ça, me frappe, frappe ma mère, on a envie de dire au « context worker » que ça ne va pas et elle dit alors le contexte du père.
On parle tout le temps entre nous. Six fois par an on a une supervision ; On travaille beaucoup sur nous-mêmes. Nous faisons les choses à partir de nos normes, de nos idées. Sur l’éducation c’est très personnel : comment on éduque les enfants, c’est très personnel. En réunion, on est sept, et chacun doit exprimer ses idées et se questionner.
On se demande toujours qu’est-ce qui est suffisant pour ces parents, ces enfants ; pas l’idéal. Par exemple on a des parents qui boivent trop. Pour moi ça pose question.
Mais pour ce parent c’est nécessaire, et s’il peut dire à la mère, « aujourd’hui je vais au café et je vais boire beaucoup, ne comptez pas sur moi »….au début ça m’a choqué, mais ça marche, il n’y a pas de problème de sécurité.
La famille est partie depuis un an et demi et ça fonctionne. Pour nous c’est un peu bizarre mais pour cette famille ça va, les enfants peuvent rester à la maison chez leurs parents. Des logiques de moindre mal.
Ici c’est une bonne place pour les enfants, mais la meilleure place c’est à la maison.
Q : y a-t-il des profils d’enfants accueillis ?
R : les profils sont très variés, mais s’il y a un trouble grave de la personnalité, on n’accueille pas.
On fait l’admission à trois : moi, l’éducatrice qui va parler aux enfants, et le context worker. Commencer, si on n’y croit pas, ce n’est pas honnête ; venir ici pour ensuite aller ailleurs.
Q : faites-vous des activités ?
R : oui, beaucoup. On fait un camp avec les enfants de SIMBA. C’est pour la relation entre enfants et éducatrices. Et il y a toujours des choses qui bougent. Le context worker et moi venons aussi. On fait des sorties avec parents et enfants, aux parcs d’attraction, aux fêtes de village. On a seulement huit enfants. Normalement une structure c’est 15 enfants ; nous on veut rester petits ; ça coûte très cher mais c’est la seule façon de faire bien et les enfants y ont droit. On reçoit des enfants petits.
On a 60% de retours à la maison.
En Flandres les familles d’accueil sont bénévoles, il n’y en a pas assez. Parfois ça fonctionne bien, parfois les enfants sont ballotés. Les FA ont peu de soutien Quand l’enfant a des contacts avec ses parents qui sont trop difficiles ou quand les enfants ont de gros problèmes de comportement, les enfants finissent en institution.
C’est un grand problème. On cherche une famille d’accueil pour une fratrie de deux et on ne trouve pas. Et il y a un grand lien avec la famille biologique et les enfants n’ont que 3 et 4 ans. Arès 18 mois, le retour n’est pas possible ; le placement familial est obligatoire et à cet âge mais on ne trouve pas.

Pour en savoir plus, voir le site web : www.sos-villages-enfants.be/projet/la-maison-simba-en-flandre

Date de cet article : 2018-03-31


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