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Philippe Fabry » Livres » Norbert Elias : La solitude des mourants

La solitude des mourants, par Norbert Elias

Ce petit livre (120 pages) contient deux textes : "la solitude des mourants" et "vieillir et mourir, quelques problèmes sociologiques." Norbert Elias, de façon pessimiste, décrit la solitude des occidentaux au moment de l'agonie, anticipée par la solitude dans des maison de retraites desertées. Ne voulant accepter notre vieillissement (et la perte de nos capacités) et notre propre mort, nous laissons à leur angoisse les vieillards et les mourants. Norbert Elias propose d'analyser le refoulement des représentations liées à la mort, le tabou qui se constitue, par une inversion : la nudité, la sexulalité, étaient obscènes ; la mort était naturelle. Nudité et sexualité deviennent naturelles, et la mort devient obscène. Ce déni de la mort (au sens freudien) laisse seul les individus avec une angoisse d'autant plus forte qu'elle n'est pas partagée.

Critiquant de façon très argumentée et convaincante cette approche pessimiste,Jean-Hugues Déchaux propose d'utiliser les outils de Norbert Elias pour critiquer cette approche et proposer une thèse plus nuancée : "l’ « intimisation » de la mort n’équivaut en rien à sa privatisation ou à sa désocialisation (Walter, 1994). Le terme "intimisation" signifie que la mort regarde de plus en plus la subjectivité de chacun et surtout qu’elle ne peut s’exprimer socialement qu’à partir de la reconnaissance de l’expérience subjective ou personnelle. Le mot clé n’est pas "solitude", contrairement à ce que croyait Elias, mais "subjectivité"". Jean-Hugues Déchaux, à partir de cette approche subjective, voit émerger d'autres approches de "la bonne mort". Les soins palliatifs sont un bon exemple et ce modèle se diffuse dans la société.

Le réseau des proches remplace la lignée et la cérémonie personalisée, conçue par le défunt, remplace le rite : "au coeur du rite, il y a le souci de la permanence, de la continuité, de la lignée, bref d’une commune appartenance à un groupe ou une entité qui se vit comme éternel, s’impose à soi et parvient à transcender le temps de l’existence individuelle. En clair, le rite procède d’une logique de l’affiliation. La cérémonie personnalisée, quant à elle, vise principalement à incarner une expérience partagée entre proches". La dernière partie du texte de Jean-Hugues Déchaux part des concepts créés par Norbert Elias dans d'autres textes plus fondamentaux pour analyser l'emergence d'une nouvelle norme de "bonne mort" bien illustrée par les travaux de Kubler Ross et ses 5 phases, la dernière étant l'acceptation.

Pour lire le texte de Jean-Hugues Deschaux Cliquer ici

La solitude des mourants, par Norbert Elias [1ère de couverture]

La solitude des mourants, par Norbert Elias [1ère de couverture]

La solitude des mourants, par Norbert Elias [4e de couverture]

La solitude des mourants, par Norbert Elias [4e de couverture]


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