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Violences en petite enfance, pour une prévention opportune, par Marie Garrigue Abgrall

Quatrième de couverture : "Les bébés sont-ils violents ? Où la violence prend-elle sa source ? Et qu'en est-il de ces violences très précoces qui sont faites aux bébés, aux très jeunes enfants mais aussi à leurs parents, quelquefois dès la période prénatale, et qui peuvent avoir une incidence très grave sur le développement de l'enfant ? La violence attisant la violence dans une spirale interactive, elle conduit certains enfants très jeunes l'ayant vécue, voire incarnée, avant même l'entrée à l'école maternelle, à la propager autour d'eux. Ces violences signent souvent une souffrance profonde qui, au-delà de celle de l'enfant, renvoie à celle de ses parents, à des événements douloureux ou traumatiques de leur histoire. Un important travail de prévention est alors nécessaire. Mais s'il s'inscrit dans une idéologie de l'enfant parfait et dans une utopie du risque zéro, il génère aussi sa propre violence.
Ce livre prône une prévention opportune, prévenante, qui grâce aux médiations qu'elle propose (accompagnement aux soins, au jeu, à l'éveil, dans une écoute et le respect de l'histoire transgénérationnelle et des besoins de chacun), aboutit à la reconnaissance réciproque et asymétrique de chaque membre de la relation.

Prise de notes lors d'une conférence de Marie Abgrall présentant son livre à des étudiants en travail social :
MGA parle tout d'abord de son expérience de travail dans une unité d'accueil parents-enfants, le centre Vivaldi et de son expérience d'accompagnement d'enfants renvoyés de crèche pour violence !
"Comment est-ce possible ? Qu'est-ce qui se passe pour qu'un enfant ne puisse pas garder sa place ? Ce livre est basé sur plusieurs expériences d'enfants adressés à cette unité, d'enfants orientés / leur agressivité. Une question fondamentale et 2 difficultés. Je voulais évacuer la violence, travailler sur la non violence et la prévention ; mais la violence, elle est là : il faut l'affronter , la comprendre. 1° difficulté donc, affronter la violence ; mais elle a des effets tellement destructeurs qu'il faut la détecter le plus tôt possible. Extraordinaire puissance de certains enfants, Winnicot parle de la puissance créative de l'enfant. Ces enfants nous alertent : un enfant de 2 ans peut mettre en échec des professionnels chevronnés et leur famille ; force créatrice. L'enfant dérange mais à quoi bon naitre si ce n'est pour déranger le monde?

L'enfant c'est l'étranger. Quand on l'accueille soit il est jeté dans le monde, soit il est accueilli, entouré, accompagné. Un des axes principaux de mon ouvrage : questionner cette violence. 2° axe : questionner la prévention ; elle est ambigüe : elle s'apparente de plus en plus à de la prédiction.. Un enfant en difficulté on ne peut pas prédire qu'il sera délinquant ou criminel ; cf travail de l'INSERM.
? / prévention. ? / la prévention , / aux excès de prévention
Tout mon travail part de situations concrètes. La prévention peut être violente. Ex le pré-natal. Depuis qq années le suivi pré-natal a multiplié les recherches d'anomalies pendant la grossesse : anomalies détectées, examens, attentes, Dans 95% des cas on aura inquiétées inutilement les parents ; à la fin : votre enfant va bien.
Des recherches d'une pédo-psychiatre sur ces mamans inquiétées : l'anomalie devenue anormalité, ces mamans ont de plus grandes difficultés à avoir confiance en elles et confiance dans leur bébé. Effets néfastes.
? de la violence : difficile à définir : bcp de choses proches : agressivité, guerre, énergie, excitation. Des définitions positives ou négatives, une difficulté de définir. Travail dans ce livre pour définir. La grande difficulté c'est que le mot violence a la même étymologie que le mot vie. La violence fait partie de la vie ; on doit faire avec, la connaître.
La vie : on a peur de la vie dans notre société.
Travail en philosophie : toujours des concepts psychologiques, psychanalytiques ; élargir. Freud : Tanatos ; Aristote : désir, qui habite. L'OREXIS, l'appétit (cf anorexie : qui a perdu l'appétit) l'appétence, cet appétit est le fondement du désir pour Aristote
Un autre philosophe, Emmanuel Lévinas : la vie veut la vie ; on fuit la vie vers la vie.
Spinoza : chaque être vivant fait un effort pour persévérer dans l'être. Le conatus essendi. C'est ce que fait le bébé. Le bébé pleure pour vivre ; il est dépendant d'autrui.
S'occuper d'un enfant c'est s'en occuper suffisamment bien (cf Winnicot) c'est à la fois très banal et c'est une très lourde tâche ; c'est très fatigant.
Certains bébés sont compliqués à satisfaire : tempérament, handicap, prématurité. Ces bébés peuvent recevoir de réponses inadaptées, si le s parents ont des carences, ou sont trop préoccupés. C'est ç a qui peut conduire le s parents épuisés, dans tous les milieux sociaux, à secouer leur bébé, avec toutes les séquelles ; intervenir rapidement pour soulager, soigner les parents.
Un travail sur l'épuisement parental qui n'est pas assez fait.
On va retrouver des problématiques d'isolement, de rupture de liens. Cet isolement , cette non transmission des compétences de maternage. Combien de mère sorties de la maternité après 3 jours, isolées, ne sachant pas apaiser leur bébé.
Ces parents vont du coup effectuer, agir une violence sur leur bébé, pas volontairement, mais parce qu'ils ne savent pas décrypter.
Moi je l'ai appris dans mes études d'EJE ; s'ils n'ont pas eu de transmissions des compétences, ils ne les ont pas. L'accompagnement est important.
1° cause : la non prise en compte des besoins fondamentaux des enfants. Besoins physiques et psychiques : besoin de langage d'humanité, cf Spitz et l'hospitalisme. Perte de l'appétit de vivre, la dépression anaclitique du nourrisson.
John Bowlby a montré l'importance de la figure d'attachement dans la construction de la sécurité, fondement de la socialisation.
Un enfant empoigné, nourri brutalement, va craindre la proximité des adultes ; un enfant bien accompagné par quelqu'un qui lui sourit, joue, chante, est joyeux ; l'enfant va découvrir la confiance et le plaisir d'être au monde ; enjeu de société.
Notion de prévention.
Période la plus privilégiée pour intervenir. Tout un mécanisme psychologique chez les nouveaux parents, bien décrit par Winnicot (la folie maternelle = un état tellement attentif au bébé, à retrouver le bébé qui était en elle ; elle s'oublie elle m^me pour retrouver son bébé ; folie dont elle va sortir
Monique Bydlowski : la transparence psychique (Voir l'article sur cairn) : les parents sont en lien très étroit avec leur inconscient. Des barrières sautent d'où la grande vulnérabilité psychique des nouveaux parents.
Cette vulnérabilité permet des choses positives ; retravailler l'appartenance transgénérationnelle ; famille à remonter le temps ; retrouver les grand-parents. Il faut parfois de l'aide pour permettre cela.

Les très jeunes enfants témoins de violences familiales et qui sont envahis par cette violence. Un petit garçon qui change sa voix et qui donne des coups de pieds : une possession, il ne peut que rejouer ce qu'il a vécu. Il mime et retape les enfants. Il faut re-questionner les parents. Les enfants vont pouvoir raconter ; processus narratif. Grâce à l'attention conjointe, dans les jeux, il va permettre aux parents d'élaborer : oui je peux pas m'occuper de lui, je suis partie toute la journée pour le papiers, ou j'ai plus de logement.
W en réseau, L'EJE va pas régler tout : les conflits conjugaux, les problèmes de logement Importance du W en réseau, du pluri -professionnel, importance des psycho-thérapies, des consultations de pédo-psychiatrie.
Je peux témoigner que des soins psychiatriques, conjoints avec des soins à l'enfant, les jeux, le maternage adapté, les fondements de la socialisation ; valoriser la langue maternelle, langue du cœur. Tout ce travail fait partie de cette prévention : associer des psys aux professionnels EJE AS ES..tous ces partenaires permettent de voir rapidement une reprise évolutive du développement Les enfants qu'on reçoit ont des retards psycho-moteur. Travail d'harmonisation. Quand un enfant est renvoyé = votre enfant est insupportable, c'est une réaction de pro démuni, ( = besoin de se former) mais aux effets dévastateur.

Je remercie ce petit garçon qui m'a fait entamer ce travail, ces bébé, ces parents m'ont fait faire une thèse de philosophie !
Petite vignette : ce garçon de 2 ans renvoyé de crèche ; consultation d'un pédo-psychiatre qui décide d'une co-thérapie en binôme : une psy et moi, EJE. On va découvrir que ce petit garçon se jetait sur les bébés, les mordait. Il ne joue qu'avec les bébés, les poupées. Sa maman raconte qu'elle a fait une fausse couche, deuil pathologique de ce bébé et elle en parle tout le temps. Et le petit garçon s'en prend aux bébés. Le soutien psy de la mère, moi le soutien du ejue de l'enfant; le fait qu'il soit placé de façon très discontinue du fait d'une mère indisponible... L'enfant s'est calmé, a pu retrouvé à la crèche.
Des situations singulières = observer = phénoménologie : Husserl : les choses mêmes.

Échanges avec la salle :
Q : / violence institutionnelle. On appelle maltraitance parfois ce que ça n'est pas.
R : Une définition de la maltraitance : celui qui est victime de la part de parents ou de ceux qui ont autorité sur lui, d'abus physique, sexuels ou psychiques (voir le guide de l'APHP) empoigner un enfant dénigrer ses parents, forcing alimentaire, l'humilier. Avoir en tête le développement global de l'enfant et pas focaliser sur un geste, un jour. Si l'enfant se développe de façon harmonieuse, va vers les autres enfants.... Si l'enfant somatise, se désorganise, vomit... ça doit interroger.
Q : et quand les enfants ne sont pas pris en charge ?
R : la violence pas prise ne compte va se propager : la violence suscite la violence. Elle va se déplacer et si personne n'apporte assez d'attention ce sera au collège puis lycée puis... Grave problème/ familles isolées. L'observation par quelqu'un de bienveillant c'est déjà structurant. L'enfant n'est pas psychiquement seul.
La violence attaque la continuité d'être des personnes ; les personnes violentes aussi : leur faits de violence attaquent leur continuité d'être.
Ex d'un travail avec des parents dont l'enfant était placé. La reconnaissance comme antidote à la barbarie.
Reconnaître les limites de ces parents incapables d'anticiper les besoins / nourriture, sommeil. Mais le lien parents-enfant, lien d'affection, des moments hebdomadaires heureux.
Q : débat sur la fessée
R : ça fait toujours débat. En tant que professionnels : ça ne peut être utilisé comme outil éducatif. Les parents qui tapent leur enfant il faut leur apprendre. ex : un enfant qui tapait tous les enfants à la halte garderie. Consultation, co-thérapie. La 1° fois que je le vois, il est chétif, mal soigné, il a 2 ans. Toujours la médiation du jeu (Maria Montessori : l'enfant se construit par le jeu) Il prend des jeux et vise précisément les yeux. Les parents disent qu'ils n'arrêtent pas taper leur enfant : quand il tape les enfants ils le tapent. L'enfant se construit par imitation : si on le tape il tape. Si on lui dit de ne pas taper et qu'on le tape = paradoxe.
Ça n'est pas socialement acceptable.
Bcp de parents ne veulent pas que leur enfant soit victime : il faut que tu tapes plus fort. Partager avec ces parents qu'il y a d'autres manières.
Le papa a été tapé des années sur le chemin de l'école, jusqu'à ce qu'il soit capable de se défendre. Ce qu'il ne disait pas c'est qu'il était terrorisé toutes ces années. Et son enfant aussi était terrorisé. Comprendre la peur liée au fait d'être tapé a permis de sortir. Un parent débordé c'est autre chose, on peut se dire que ça n'est pas à refaire.
Q : / sortie de la maternité : des pratiques faute de moyens et de temps, pas assez
d'accompagnement, ex / allaitement. On va directement au biberon.
R : vous touchez un problème de notre société, les mamans sortent au bout de 2, 3 jours. Ces 1° liens sont fragiles. Des maternités se donnent les moyens d'autres pas.
Ex : une réunion péri-natalité ; 2 ex : le bain. Une puéricultrice critiquant le fait que tous les bains devaient avoir lieue à telle heure ; catastrophique, les bébé pleurant, les mère ne sachant que faire. Dans la même réunion une autre maternité avec une expérience : la maman veut que le papa soit là : on attend l'après midi. Dans les 2 cas le bébé a son bain.
Q/ pression du faire.
R : Les bébé il faut toujours faire, mais ne pas se précipiter. Faire intrusion fait des dégâts.
Il est essentiel d'établir une alliance avec les parents. On a toujours un petit peu de temps pour cela. Créer cette alliance, ça peut prendre du temps.
Heureusement il y a une équipe pluri-disciplinaire pour contenir certains passage à l'acte = élaborer, partager pour chaque enfant, l'équipe partage ses observations ; on fait le point et on élabore une stratégie d'action. Ça aide, l'équipe set de contenant. Face aux difficultés on a envie d'agir vite. Mais l'objet n'est pas d'agir mais que l'enfant aille mieux.
Q : quelle différence entre un enfant violent et un enfant très actif.
R :Violence = attaque à l'intégrité physique ou psychique d'autrui.
L'enfant violent est envahi et ne peut pas jouer.
D'autres ne peuvent jouer du fait de troubles autistiques. Quelle est la part qui vient de l'enfant , quelle est la part qui vient du contexte = observer, écouter les parents. On va vite pour dire qu'un enfant est hyper-actif.
Q : il y a des enfants qui jouent brutalement
R : La limite c'est l'intégrité physique d'autrui. Mordre, griffer. Les jeunes enfants apprennent. C'est normal qu'un enfant prenne un objet à un autre enfant et c'est normal que l'enfant tape. C'est le rôle des adultes de donner les rêgles , c'est l'adulte qui est structurant pour l'enfant ; sinon les enfants se sadisent. L'adulte doit enseigner : on ne prend pas comme cela, on ne se tape pas dessus.
John Locke : si on va au Japon on sera content que quelqu'un nous apprenne les usages."

Violences en petite enfance, pour une prévention opportune, par Marie Garrigue Abgrall [1ère de couverture]

Violences en petite enfance, pour une prévention opportune, par Marie Garrigue Abgrall [1ère de couverture]

Violences en petite enfance, pour une prévention opportune, par Marie Garrigue Abgrall [4e de couverture]

Violences en petite enfance, pour une prévention opportune, par Marie Garrigue Abgrall [4e de couverture]


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