philippefabry.eu, pour la formation en travail social


Philippe Fabry » Livres » Nada Abillama-Masson : En mal d'un chez soi

En mal d'un chez soi, par Nada Abillama-Masson

"Ballottés, chahutés, en mal d'un chez-soi, des enfants et des adolescents connaissent parfois des parcours de vie et des itinéraires marqués par des placements hors du milieu familial, notamment en internat (maison d'enfants ou foyer éducatif).
Mêlant son expérience d'éducatrice à une recherche de type clinique, l'auteur restitue les propos tenus par quelques-uns de ces enfants âgés de 8 à 19 ans.
De leurs témoignages, elle dégage leur vécu du placement et donc de la séparation. Comment chacun d'eux comprend, vit et tire profit de cette décision de placement prise souvent pour eux, mais sans eux ?

« Si tout peut paraître simple aux yeux du ou des législateurs, l'ambiguïté du placement nous pose, à nous travailleurs sociaux, de multiples cas de conscience. D'un côté nous savons bien qu'il est indispensable, et que l'enfant ou l'adolescent a besoin d'être séparé, pour un temps, de ses éducateurs naturels que sont ses parents, en raison des difficultés qu'ils connaissent et des dangers auxquels, de ce fait, ils sont exposés. Mais de l'autre, nous savons bien tout ce que cette séparation comporte comme souffrance, sentiment d'abandon, voire de culpabilité qui va générer chez l'enfant une période de doute envers lui-même comme envers les autres. Les professionnels auront à l'aider à dépasser ces difficultés pour construire un projet de vie où l'autonomie va pouvoir enfin exister. Et c'est bien cela qui rend difficile ce travail, qui nous est confié, d'une réconciliation de l'enfant avec luimême, et avec les siens. »
Jacques Ladsous (extrait de sa préface).

Préface complète de Jacques Ladsous :
Nada Abillama-Masson m’a demandé de préfacer son ouvrage, ce que je fais volontiers, tant la parole de ces enfants qu’elle présente me paraît importante à entendre. Certes, tous ceux qui vivent avec ces enfants connaissent les thèmes abordés. Mais accueillir leur parole dans leurs ambiguïtés, leurs contradictions, leurs maladresses, pour essayer justement d’analyser leur refus, mais aussi les espérances qu’elles contiennent me paraît aujourd’hui, où l’on parle si souvent de la place des usagers, un exercice indispensable.
Car si tout peut paraître simple aux yeux du ou des législateurs, les choix à opérer, les souffrances à supporter et à faire dépasser posent aux travailleurs sociaux de multiples cas de conscience qu’aucun de nous ne peut résoudre sans éprouver une certaine insatisfaction – et cette insatisfaction vient bien de l’ambiguïté du placement.
D’un côté, nous savons bien qu’il est indispensable, et que l’enfant ou l’adolescent a besoin d’être séparé, pour un temps, de ses éducateurs naturels que sont ses parents, en raison des difficultés qu’ils connaissent et des dangers auxquels, de ce fait, les enfants sont exposés.
Mais de l’autre, nous savons bien également tout ce que cette séparation comporte comme souffrance, sentiment d’abandon, voire de culpabilité, qui fait que l’enfant va forcément traverser une période de doute envers lui-même comme envers les autres, qu’il nous faudra faire dépasser pour que le projet de vie puisse se frayer une place où l’autonomie va pouvoir enfin exister.
Et c’est bien cela qui rend difficile ce travail qui nous est confié, d’une réconciliation de l’enfant avec lui-même, et avec les siens.
Un directeur nouvellement promu, muni de savants diplômes, notamment en archéologie, disait l’autre jour à une éducatrice que je connais bien que le travail de l’éducateur n’était pas d’écouter mais de faire agir. Comment faire agir, utiliser le potentiel existant en chacun, sans écouter les réflexions qu’il se fait à l’intérieur de lui-même avant de se sentir capable de passer à l’action ? Comment suivre sa voie quand on est paumé et qu’on ne sait pas comment sortir du sac de nœuds où la vie nous a conduits ? Qui va démêler l’écheveau au sein duquel on est enfermé si une présence continue, une écoute bienveillante, ne permet pas d’échafauder des pistes de travail susceptibles de dépasser le marasme présent.

Ce livre est donc intéressant à deux titres : d’abord parce qu’il nous livre, brut de décoffrage, la parole entendue, enregistrée, dans sa maladresse, ses silences, ses constructions grammaticales hasardeuses ; mais aussi parce qu’il nous indique une méthode possible, lorsque l’atmosphère du groupe ou l’institution ne permet pas une parole libre et débridée. Bien sûr, la spontanéité est souhaitable. Mais l’entretien guidé n’est pas négligeable s’il permet de sortir du non-dit. J’ai toujours pensé que le travail éducatif et social était un travail qu’on ne peut jamais mener tout seul. Les différents rôles joués dans une équipe sont des éléments qui, tour à tour, vont amener une liberté de parole qui n’est pas possible d’emblée le plus souvent. Des synthèses devraient avant tout rapporter paroles entendues, situations vécues, plutôt que le sentiment, l’impression que provoque l’autre en nous. Quand j’ai commencé ma vie d’éducateur, Henri Wallon me disait : « J’ai besoin de paroles vraies, de faits vécus, si vous voulez qu’ensuite on essaie d’y comprendre quelque chose. Ce que vous ressentez, ce que vous éprouvez vient après. »
Il me semble que dans sa démarche, Nada Abillama-Masson a suivi ce conseil. Restituer la parole dans sa vérité, c’est chercher ensemble des solutions, sans être l’esclave de jugements préalables, cela redonne à la personne un caractère vivant, au lieu de faire d’elle un portrait figé.
Je souhaite que chaque éducateur, quel que soit son niveau de formation, soit capable de cet apport. Il en fera profiter les autres, et la personne concernée s’en sentira mieux comprise.

En mal d'un chez soi, par Nada Abillama-Masson [1ère de couverture]

En mal d'un chez soi, par Nada Abillama-Masson [1ère de couverture]

En mal d'un chez soi, par Nada Abillama-Masson [4e de couverture]

En mal d'un chez soi, par Nada Abillama-Masson [4e de couverture]


Philippe Fabry » Livres » Nada Abillama-Masson : En mal d'un chez soi